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Lorsque ne pas mal faire ne suffit plus

Communiquer l’intégrité : une utopie?
17 octobre 2019
30 jours – 30 collaborateurs : Partie 3
29 octobre 2019
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28 octobre 2019 | 2 Min de lecture |
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par

René Villemure

En 2019, personne ne peut plus ignorer le mot « éthique », pourtant, lorsque on l’entend c’est habituellement pour en déplorer le manque. Pourrait-on parler d’éthique sans évoquer des manquements ou des catastrophes? Aurait-on, au fil du temps, et afin de ne pas perdre du temps à réfléchir, réduit l’éthique à une pâle version d’elle-même? Au-delà du côté sombre de l’éthique que l’on connait bien, que connaît-on de son versant lumineux?

Je vous propose dans cet article l’envers de la pièce, c’est-à-dire qu’au lieu de ne parler que de ne pas mal faire, nous parlerons de Bien Faire.

Même si on l’ignore souvent, l’éthique est une des parties constituantes de la philosophie; elle est la discipline qui propose un questionnement sans cesse reconduit, afin d’insuffler un sens à l’action et de déterminer l’action la plus juste dans les circonstances.

  

L’éthique recherche le Juste.

Il arrive fréquemment que le Juste puisse être atteint par l’application de règles, de règlements et de lois auxquelles il convient de se conformer. La conformité est donc une des manières de dire l’éthique, mais elle n’est pas la seule. La conformité ne pourra résoudre que ce qui aura été prévu auparavant; la conformité sera inutile devant une situation jamais vue encore. Considérant les actuels changements tant technologiques que démographiques ou sociétaux, il est impératif de lever le regard et d’évaluer ce qu‘il convient de faire, au-delà de l’éthique normative.

C’est devant ce type de situations que l’éthique réfléchie sera nécessaire. C’est à ce moment que l’éthique devra être comprise comme étant une souplesse de l’esprit qui permet de déterminer ce qu’il convient de faire devant une insuffisance normative.

Avant toute chose, il importe de comprendre que l’éthique fait partie de la culture, celle d’une entreprise comme celle d’une nation ou d’un peuple. Et, en matière de culture, si une culture ne se démarque pas, on ne la remarque pas, on n’en remarque que les manquements et, devant de tels manquements [à l’éthique] que fait-on? Interroge-t-on la culture? Rarement. Devant des manquements, on ajoute à la structure des entreprises ou des gouvernements en ajoutant à la surveillance.

  

L’éthique est affaire de sens

L’éthique doit être comprise comme étant une quête de sens, sans cesse renouvelée, dans un monde en changement; elle cherche à déterminer le juste sens à donner aux actions.

Le sens, mot surutilisé s’il en est, mérite d’être mieux défini : le sens est ce qui donne la direction, le chemin ou la voie. L’absence de sens, de son côté, ne peut résulter que dans l’égarement, l’inconduite et la faute. Le manquement à l’éthique est la conséquence directe de l’absence de sens. Mais, et il convient de s’interroger sérieusement à ce sujet : comme pour la culture, pourquoi, devant une absence de sens [qui mène à un manquement] ne tentons-nous pas de réinjecter du sens? Pourquoi, devant l’absence de sens, les entreprises et les organismes ne réagissent-elles qu’en ajoutant [de nouveau] à la structure en rédigeant de nouvelles règles ou en ajoutant un surveillant additionnel? Certes, un surveillant est susceptible d’attraper un fraudeur ou un individu qui commet une action non-éthique mais, ne serait-il pas préférable que le manquement n’arrive pas, tout simplement?

 

L’éthique est affaire de réflexion

Dans un monde qui ne jure que par la rapidité voire, l’instantanéité, il est tentant d’aller au plus simple ou au plus vite. Après tout, le temps c’est de l’argent, non?

En matière d’éthique, la rapidité est un piège. Avant de résoudre un problème, il faut le nommer et le comprendre. Toute intérêt n’est pas un conflit d’intérêt. Toute invitation n’est pas corruption, toute apparence n’est pas la réalité. Un des grands dangers en matière d’éthique est notamment de confondre les apparences et la réalité. Cette confusion mène à l’incompréhension et à l’énonciation d’absurdités telles celle exprimée par une députée dans un récent bulletin d’information « il faut bannir l’apparence d’apparence de conflit d’intérêt ». Devant une telle affirmation, que faut-il bannir? L’apparence? L’apparence d’apparence? Le conflit? L’intérêt? De toute évidence, la députée n’avait rien compris de l’éthique. Avant de décider, il faut se poser et réfléchir un peu plus que juste un peu.

  

L’éthique n’est pas une arme

Dans le monde politique trop d’acteurs mal intentionnés se servent de l’éthique comme d’une arme; aux seules fins de nuire, ils allèguent un mal faire chez leur vis-à-vis afin de l’embêter et, ajoutant le tort à l’affront, exigent une enquête du Commissaire à l’éthique. À ces mal intentionnés, il convient de rappeler que nuire ne sera jamais un geste éthique et que cette dernière doit servir à atteindre le Juste, à Bien Faire, pas à immobiliser l’autre par une basse tactique.

  

L’éthique fait peur 

Parce que certains s’en servent comme une arme, parce qu’elle est associée à la surveillance et à la punition et, surtout, parce qu’elle est mal connue, l’éthique fait peur. Pourtant, l’éthique participe à la construction de la réputation d’une organisation; en conséquence, elle permet à l’entreprise de durer.

Dans une époque où la méfiance cède le pas à la défiance, le besoin d’éthique et, surtout, de compréhension de l’éthique, est fondamental.

Les milléniaux exigent de plus en plus d’exemplarité de la part de leurs employeurs, de leurs fournisseurs de biens et de services et de la société en général. Ne pas mal faire ne suffit plus.

Il est plus que temps de prendre le temps puis de réfléchir avant d’agir et de comprendre que, pour le dire simplement, l’éthique est un art de vivre qui impose de penser un peu moins à soi et un peu plus aux autres.

L’éthique, ce n’est pas que les autres.

 

Pour lire l’article sur le site de René Villemure, c’est ici.

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