Ces surveillants de chantiers dont on ne saurait se passer!

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Ces surveillants de chantiers dont on ne saurait se passer!

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4 septembre 2020 | 4 Min de lecture |
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La surveillance des travaux est indispensable pour assurer des résultats de qualité. Mais qui « surveille » les surveillants? Qui veillent sur eux? Qui s’assure qu’ils peuvent accomplir leur travail sans intimidation? Comment leur permet-on d’être à la hauteur des nombreuses exigences auxquelles ils sont soumis?

On le sait, les surveillants de chantiers doivent être comme des hibous qui tournent presque entièrement leur tête sans se casser le cou. Il leur revient d’identifier les imprévus avant qu’ils ne deviennent problématiques, de proposer des solutions aux moments opportuns et de saisir les enjeux des projets avant, pendant et après la construction. Ils en ont lourd sur les épaules.

On s’attend à ce qu’ils aient constamment une longueur d’avance sur les étapes de réalisation des projets pour que, en bout de piste, les résultats soient conformes aux plans et aux exigences des devis techniques.

On leur demande de ne rien échapper et surtout de « faire vite », parce que le temps presse toujours sur les chantiers, ce qui pousse certains entrepreneurs à exercer des pressions sur les surveillants.

Les surveillants de chantiers sont des piliers indispensables qui travaillent dans notre intérêt et qui s’assurent que les deniers publics sont dépensés correctement, sous un sceau de qualité des travaux. Ces protecteurs sont-ils malmenés, seuls devant les difficultés et mal accompagnés?

C’est à partir de cette interrogation que le Bureau de l’intégrité professionnelle et administrative (BIPA) a élaboré ce texte de réflexion. Ce dernier vise à examiner les conditions dans lesquelles évoluent les surveillants de chantiers ainsi qu’à proposer des avenues qui permettraient au BIPA, dans le cadre de ses visites de chantiers, de mieux soutenir et protéger les surveillants.

 

On en veut, et toujours à part ça

Ces surveillants sont des chefs d’orchestre. Sur les chantiers de construction, ils s’assurent que la réalisation des projets est conforme aux documents contractuels et que les différents intervenants respectent leurs rôles, dans une séquence logique. Ils représentent l’assurance qualité des projets.

Ce sont eux qui informent les chargés de projet des déficiences et des non-conformités durant les travaux. Ils ont pour importante responsabilité d’assurer le bon déroulement des chantiers.

Contrairement aux autres grandes provinces canadiennes, la surveillance des travaux n’est pas obligatoire dans les contrats publics au Québec, même si elle est presque toujours appliquée. Elle est pourtant fermement réclamée depuis longtemps par l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ). Sa présidente, Kathy Baig, insiste à raison pour souligner que :

« Investir dans la surveillance des travaux, c’est comme investir en prévention dans le domaine de la santé : c’est à long terme qu’on mesure les bénéfices. Sur le long terme, les donneurs d’ouvrages, les contribuables ou les consommateurs en sortent gagnants. C’est d’ailleurs pour cette raison que plusieurs provinces imposent une forme de surveillance ou d’attestation de conformité des travaux. »

Comme l’OIQ, le BIPA de la Ville de Saint-Jérôme est d’avis que la surveillance des chantiers est très profitable, notamment parce qu’elle coûte relativement peu par comparaison aux coûts qui seraient occasionnés si des non-conformités étaient découvertes après la fin des travaux.

Le BIPA a d’ailleurs appuyé le principe de la surveillance obligatoire des travaux promu par l’OIQ, à l’instar d’autres organismes tels que le Bureau de l’inspecteur général (BIG) de la Ville de Montréal, le Bureau de l’assurance du Canada et la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec.

Nous croyons en l’importance de la surveillance de chantiers, quelle que soit l’envergure des projets.

Et pour qu’elle soit efficace, elle doit être mieux encadrée pour éviter des dérives, des manquements ou des situations contre-productives comme cela a été vu dans le passé.

Rapport inquiétant du BIG de Montréal

Dans son premier rapport biannuel déposé en septembre 2018, le Bureau de l’inspecteur général (BIG) de la Ville de Montréal a souligné que des surveillants de chantiers ne remplissaient pas adéquatement leur rôle ou étaient victimes d’intimidation de la part d’entrepreneurs. Autrement dit, plusieurs surveillants assuraient une mauvaise surveillance.

En entrevue, l’inspectrice générale Me Brigitte Bishop n’a pas manqué de rapporter que « certains chantiers montréalais étaient mal supervisés » et que, durant des visites effectuées par le BIG de Montréal, de nombreuses lacunes avaient été observées, comme l’utilisation de mauvais mélanges d’enrobés, la réalisation de joints de pavage non conformes au devis ou le recours à de l’équipement insuffisant.

Selon elle, des surveillants ne faisaient pas non plus toutes les vérifications d’usage alors que d’autres laissaient des entrepreneurs déroger aux règles ou, pire, ignorer tout simplement des exigences de devis.

Me Bishop a spécifié que « sur plusieurs chantiers […], les surveillants manquaient de rigueur et n’assumaient pas pleinement leur rôle dans la réparation des défauts ».

Savoir faire face à des montagnes russes

Deux ans après la parution publique du rapport du BIG de Montréal, les choses se sont-elles améliorées? Quelles réalités les surveillants de chantiers sont-ils susceptibles de vivre encore aujourd’hui, eux qui sont les yeux et les oreilles des ingénieurs dans nos villes?

 

Le BIPA a mené sa petite enquête et tiré quelques constats.

  • Grande solitude: Les surveillants sont souvent isolés et esseulés sur les chantiers. Cette réalité doit être changée. Les surveillants ingénieurs doivent être plus présents sur le terrain afin d’épauler les surveillants techniciens. Dans les villes, il est fréquent qu’un surveillant technicien soit seul pour assurer la surveillance de trois chantiers en même temps. C’est donc dire qu’il a le dos tourné deux fois sur trois. Comment peut-il alors effectuer son travail correctement? De façon hypothétique, prenons l’exemple du surveillant qui doit vérifier si le compactage du remblais d’une tranchée est réalisé à quatre reprises. Situation possible : l’entrepreneur exécutera les travaux de compactage une fois, deux fois, trois fois, et le surveillant pourra juger de la qualité des travaux. Mais si le surveillant doit quitter le chantier pour se rendre dans un autre lieu, qui peut confirmer que l’entrepreneur effectuera le quatrième compactage? Le surveillant devra alors se fier uniquement sur la bonne foi de l’entrepreneur, ce qui laisse une porte ouverte. Autre réalité, plusieurs rapportent que les surveillants consacrent souvent plus de temps à se déplacer d’un chantier à un autre qu’à véritablement surveiller les travaux. Dès lors, ils n’ont d’autre choix que de sélectionner les vérifications qu’ils jugent les plus importantes à faire.

 

  • Le poids du nombre: Lorsque vient le temps de faire respecter des règles de construction, il semble qu’il soit encore souvent difficile pour un surveillant de chantier de tenir tête à un groupe de six, huit, dix personnes. Le surveillant peut se sentir bien seul pour gérer des conflits et subir la colère, les paroles d’intimidation ou les gestes de frustration d’un entrepreneur mécontent d’une correction demandée. Le climat de travail peut alors être difficile. Devant le poids du nombre, le surveillant peut en venir à exercer son rôle passivement.

 

  • Manque de soutien: En tant que représentant du donneur d’ouvrage, c’est le surveillant de chantier qui autorise ou refuse les travaux. C’est donc lui qui doit régler les conflits potentiels avec l’entrepreneur et qui a le fardeau de prendre des décisions parfois impopulaires. Quel entrepreneur ne rechigne pas quand il se fait dire qu’il doit modifier des matériaux non conformes à son projet, sachant que cela lui occasionnera des retards considérables? Même si le surveillant de chantier est crucial parce qu’il veille au respect du devis et de la qualité des travaux, il est malheureusement encore fréquemment perçu comme un obstacle à l’avancement des travaux et à la productivité. Voilà pourquoi il doit pouvoir compter sur le soutien de ses supérieurs. Idéalement, il devrait y avoir des conséquences pour tout entrepreneur confrontant ou intimidant.

 

  • Inexpérience: Le problème a souvent été mis en lumière : les surveillants de chantiers sont souvent des « juniors » et peuvent manquer d’expérience. Ont-ils toujours le réflexe de souligner des problèmes anticipés ou de prendre des décisions qui pourraient avoir de lourdes conséquences financières pour les entrepreneurs? Ont-ils suffisamment d’assurance pour bien tenir leur rôle d’interprètes des documents contractuels pour les maîtres d’ouvrages? Prenez le cas d’un entrepreneur comptant 30 ans de métier qui, insatisfait des commentaires d’un jeune surveillant, lui assénerait : « Tu ne connais pas ton affaire! C’est pas comme ça que ça marche. » Rabroué, le jeune surveillant pourrait facilement douter de lui-même et décider d’assouplir ses exigences pour acheter la paix et ne pas contrarier l’entrepreneur. Pour l’accommoder, il pourrait accepter certaines irrégularités ou lui permettre de prendre des raccourcis dans les travaux. Le mauvais pli serait aussitôt donné.

Des visites de chantiers plus fréquentes

Nous pouvons comparer les surveillants de chantiers à des mini BIPA qui dissuadent, surveillent et sonnent l’alarme lorsqu’il y a des non-conformités de travaux à corriger.

Ils sont essentiels.

Ils sont également souvent débordés et poussés à ne pas retarder la livraison des travaux. Ces éléments pèsent lourd dans la balance.

Pour ces raisons, les villes ont besoin de « guetteurs », c’est-à-dire d’enquêteurs de bureaux de vérification pouvant effectuer des visites impromptues de chantiers, sans se substituer au travail habituel d’inspection. On parle ici de visites sentinelles pour vérifier si les entrepreneurs respectent ce pour quoi ils se sont engagés lors des appels d’offres.

Depuis sa création en 2017, le BIPA a entrepris d’effectuer des visites de chantiers sporadiques en soutien aux surveillants à l’œuvre.

Ces visites ont généré des résultats intéressants. Certes, les bureaux d’inspecteurs généraux ne sont pas une solution miracle. Mais ils constituent un premier jalon important! Les enquêteurs qui y travaillent et qui se présentent sur les chantiers peuvent faire des observations judicieuses. Ils peuvent également faire office d’« agents fantômes » en observant à distance des chantiers alors qu’aucun surveillant ne s’y trouve et que l’entrepreneur croit avoir le champ libre.

Les visites de chantiers permettent de démontrer aux entrepreneurs que les surveillants de chantiers ne sont pas seuls et vulnérables, et aussi que ces derniers sont appuyés à la fois par le service d’ingénierie duquel ils relèvent et par un bureau d’enquêteurs.

Des bureaux comme le BIPA sont les meilleurs alliés des surveillants.

C’est pourquoi des inspecteurs généraux rappellent depuis quelques années l’importance de revoir toute la stratégie de surveillance de chantiers au Québec.

Ce qu’on se souhaite, c’est que les surveillants de chantiers aient les moyens de leurs ambitions! Ils sont les anges gardiens de la construction au Québec, et nous nous devons de les soutenir sans compromis.

Si des surveillants de chantiers relèvent des non-conformités, ils doivent pouvoir imposer des conséquences aux entrepreneurs qui les ont commises sans la moindre hésitation.

S’ils constatent que des travaux ont été mal exécutés, ils doivent être capables d’exiger une reprise de ces travaux. La dissuasion, c’est aussi ça.

S’ils observent des non-conformités, ils doivent avoir l’assurance que les travaux en cours seront corrigés maintenant, pas dans dix ans.

Et s’ils sont moins expérimentés, ils doivent pouvoir se faire respecter autant qu’on respecte de jeunes policiers, avocats ou médecins. Sur les chantiers, c’est eux l’autorité.

Les entrepreneurs doivent clairement comprendre qu’il n’est pas payant pour eux de déroger aux règles. Ils doivent saisir qu’ils ont avantage à bien réaliser les travaux du premier coup plutôt que d’avoir à les reprendre et à payer des pénalités.

C’est tout un changement de culture qui doit être opéré.

 

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